Quand il fait une peinture, Philippe de Boissy reste un écrivain, un poète, un humaniste.
Son travail procède d’une démarche qui regarde le monde : il observe, écoute, s’engage….
Puis, il inscrit dans ses oeuvres sa vision des événements, des choses, avec sincérité, poésie, ou indignation, par exemple lorsqu’il peint Tien Am Men, pour ne pas oublier.

Il prétend ne pas savoir dessiner : qu’importe ! Ses œuvres vont plus loin. Ce n’est pas seulement l’oiseau qu’il dessine, mais aussi la nature entière qu’il aime ; c’est une impression captée de ce mouvement fugace et magique, où l’oiseau laisse une trace dans la lumière et s’envole vers la liberté.
De la même façon, dans la série des coquelicots, il nous donne à voir le souvenir éblouissant d’une journée d’été, un instantané : il reste des taches rouges, cernées de noir ; contraste éclatant de vérité ; un sentiment de bonheur.
 
Philippe de Boissy utilise une large palette de matériaux, qu’il choisit selon le sujet.
Avec un bambou, ou un morceau de cagette, taillé en biseau et trempé dans l’encre, il trace un mot, un signe, un mouvement, avec la gestuelle précise et maîtrisée du calligraphe.
Le résultat, indéchiffrable, souvent abstrait, devient prétexte pour exprimer l’amour, la haine, la violence…Et c’est puissant.

Après la peinture à l’huile, et la peinture au couteau, il continue avec l’acrylique : versée dans des flacons en plastique de teinture pour cheveux de femme, terminés en pointes biseautées, il fait couler des taches de peinture fraîche sur le support ; puis il applique un papier dessus et dirige avec la main une pression, plus ou moins appuyée, expérimentant la technique de l’imprimerie ; il crée ainsi ses monotypes. Des effets de relief viennent compléter de façon aléatoire son travail ; les couleurs se mélangent, parfois trop ; souvent, dit-il, il faut recommencer, apprivoiser le geste, garder le meilleur seulement.

Sur ses toiles, avec l’acrylique, il expérimente les superpositions. Une œuvre peut donner à voir plusieurs couches de lecture : au départ figurative, l’œuvre s’enrichit : il rajoute par dessus des mots ou bien des signes, ou des lignes verticales qui rythment et renforcent le sujet de son œuvre, tout en l’amenant vers l’abstraction. Le résultat est coloré, intense et s’inscrit dans une démarche précise.

Parfois, il sculpte dans de petites chutes de bois. Alors, des statuettes, des poissons, des oiseaux apparaissent, et viennent habiter l’atelier….
Parfois aussi, l’écrivain découpe, taille dans les papiers, dans les mots, colle, décolle ; le peintre enlève, ajoute, expérimente…c’est l’envie, l’idée du moment qui le guident. L’homme est libre, sans frontières… rien n’est interdit.

« Quand je peins, il m’arrive des accidents. Par exemple, je peins la mer, et en plein milieu de ce travail, je peins tout d’un coup autre chose, à côté, dans la marge, sur d’autres supports. C’est un accident du travail. J’y tiens beaucoup. »

Dans l’atelier de Philippe tout est vrai, tout est vivant. Les mots prennent des airs de peinture, les peintures deviennent messages, les croquis s’affichent dans la marge de poèmes, et les insectes noirs d’encre, cohabitent gaiement avec les sculptures immobiles

Marie-paule Guimier

 

Ombre de Tien Am Men

Acrylique sur toile

93 x 74 cm

" L'ordre du jour était
de n'en pas revenir
On mourait
C'était compter sans le contre ordre
des regards... "


Poème extrait de " La lampe sous le Boisseau "

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Les coquelicots

Acrylique sur toile



" Le coquelicot, comme le bleuet, est une plante inutile. C'est un nuisible, dans le blé. On le traite au pesticide. Depuis que j'ai découvert ce rectangle rouge en pleine terre, au ras du ciel, je n'arrive pas à peindre autre chose, dit-il, je veux dire que je n'arrive pas à peindre..."

" Aimez les coquelicots. J'aime ce qui meurt, ou subsiste.
Avec le coeur des coquelicots les enfants se font des poupées d'une heure... "

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Calligraphies

 



" J'imagine aisément que dans l'air " Dove Sono " de Mozart, l'interprète rêve d'exister d'une voix telle que le monde entier l'écoutant, sachant que tout son corps et tout son esprit en sont occupés, s'exclame quelle voix ! Comme si cette voix ne procédait plus de ce corps et de cet esprit. "

   
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Les monotypes

 

 

 
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Superpositions


     
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Les statuettes

     
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Taille dans les papiers...



     
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La mer


" Le naufragé qui lance une bouteille à la mer, avec une lettre à l'intérieur, est un déséspéré rempli d'espoir.
Pour moi, mettre une bouteille à la mer, c'est m'assurer que ma création existe.
A delà de la mer, je n'imagine rien. "

 

 
     
 
     
 
     
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L'encre

" Un papillon en vol dont on se souvient bien est mille fois un papillon... "

 

 
     
 
     
       
   
     
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Et encore...

 
     
 
     
 

" au moment  où l’on sent à quel point créer c’est mourir au cœur de ce qui subsiste, passer du côté de ce qui subsiste : le vent, l’espace, le temps, que la toile ait une chance d’en recevoir la trace "

       
   
 
     
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