Une vie d'écrivain ce n'est pas une somme de titres qu'on tire d'une calculette.
80 titres, on est très bon. Un excellent ne fait pas un résultat.
Et pourtant Moby Dick d'Herman Melville, c'est un livre, un seul qui représente l'écriture et encore plus Martin Eden, de Jack London.
La vie d'un écrivain c'est vivre aussi comme tout le monde, gagner sa vie, écrire tout le temps en regardant, en écoutant, à table, en vacances, en voyage, heureux ou triste.
C'est rencontrer des gens mais pas pour rien.
Un écrivain c'est un poète, pas un rêveur.
Le verbe grec d'où vient le mot poésie veut aussi dire " Agir " tout est là.

Et pour un peintre c'est pareil.
On peut dire qu'un peintre peint parce qu'il rate son écriture. Ou le contraire.
On peut dire qu'un âne aussi fort soit-il ne peut tirer deux charettes à la fois.
Un écrivain, pour moi tire une seule charette.
Comme ceux qui tirent la charette d'un métier, d'un salaire, d'une famille, de la vie de tous les jours, de la maladie et de la fatigue.

Ecrire c'est raconter tout ça. Et c'est le mettre sur la table.
Le jeter par la fenêtre.
Le mettre en bouteille et penser que la mer trouvera quelqu'un pour tirer le bouchon.
Je n'écris pour personne, ni pour un enfant, ni pour un soldat, ni pour un saint.
Ce qui est intéressant c'est que l'écriture une fois dehors peut rencontrer un pauvre, un riche, un inconnu, un général de brigade ou un chat.

Philippe de Boissy

 

séparation

"J'aime tout de mon vivant. Le moindre insecte me fait vivre. J'essaie de peindre ce qui peut exister entre notre oeil et le monde, qu'on ne verrait vraiment que les yeux clos. J'ecris pour ne pas mourir tout de suite, mais lentement, entre deux fourmis."